Papa,
C'est la première fois que j'irais faire la "tournée de Toussaint", comme tu disais, sur ta tombe à toi. J'ai envie de pleurer mon papa, car j'ai ce noeud dans la gorge cette envie folle
d'hurler que tu me manques, et que ces satanés mois sensés atténuer ma peine, ne font que la gonfler. Je me sens fragile à l'idée d'aller te parler, demain, j'espère n'y croiser personne, car
l'homme fort que je suis ne sera pas long à céder à cette peine qui coule en mon être depuis des jours, à mesure que la date approche. C'est si difficile depuis que tu n'es plus là. Nous qui
rions de tout, même de la mort,même du commerce des morts...Me voilà à parcourir les surfaces spécialisées pour trouver ma contribution à la décoration de ta tombe. J'ai beau voir gravé dans le
marbre ton nom, je ne parviens pas à m'y résoudre et je suis vide de ton absence, comme si j'errais depuis le 1er Janvier comme une âme en peine. Il ne me manque pas seulement un père, il me manque
le fondement de mon existence, et je me sens seul, vidé et nu sans ta présence rassurante. J'ai tant envie de te trouver là où tu te caches, d'entendre ta voix, douce qui savait m'écouter, me
parler, me rassurer, entendre ce que j'avais à dire, et me donner de si bons conseils. La vie ne ressemble plus à rien depuis ton départ, et tous les week end je me rassure auprès de mes filles
pour leur demander si elles n'ont pas oublié ton visage, comme une question rituelle...Pour ma part, je ne t'oublie pas. J'y pense tous les jours, je vis avec ton souvenir, et me raccroche à des
décalages calendaires qui te font vivre encore: chaque jour, je me dis, l'an passé avec papa, on faisait si, on faisait ça....Il paraît que le chagrin s'estompera lorsqu'il y aura un an...Mais je
n'ai pas envie de croire à ces idées facilement répandues, et trompeuses...Je t'aime Papa, je serai là demain, pour te le redire, dans le silence et le recueillement, même si tu t'en foutais de ces
jours là, même si je n'ai pas besoin d'attendre la Toussaint pour te le montrer...Même si tu le sais toi, de là où tu reposes...Je t'aime, donnes-moi un signe de toi, donnes moi un peu de ta
lumière!
Je t'aime Papa
Je t'aime!
Tu me manques si fort, qu'à écrire ces mots, je fonds en larmes à l'abri de mes employés et de mes clients, et de mes fiertés, caché dans l'ombre de mon bureau dans l'obscurité du
receuillement....A demain!