Suivre l'actualités de l'écriture de DAMIEN VERHEE, romans, poésies, projets, chansons
Etienne est sur le point de partir, il est près de 6h30. Il descend sa rue jusqu'à la bouche de Métro, et puisqu'il est en avance, décide de s'arrêter prendre son petit café, et c'est toujours dans le même café qu'il s'arrête, un petit bar lillois typique aux couleurs du Losc, le club de football de la métropole lilloise, tout en rouge et blanc. Des drapeaux, et des photos dédicacées des joueurs, retracent les 50 dernières années de la vie du club. Ses hauts et ses bas, même si ceux-ci sont plus nombreux. Tout, même le plus improbable est aux couleurs du club, jusqu'aux sucres en morceaux!
-Salut Etienne, t'es bien matinal ce matin, tu vas au stade demain?
-Oui, une foutue réunion à préparer, je vais prendre un grand café sans sucre
Foutue loi que celle qui nous oblige désormais à fumer dehors, il n'y a plus de charme à boire son petit noir maintenant, autant rester chez soi! Enfin, sauf pour les derniers récalcitrants qui
fréquentent ces lieux, parce qu'ils n'ont pas vraiment de "chez eux", et, c'est un peu le cas d' Etienne, au fond.
-Tu crois qu'ils vont faire quoi, nos p'tiots d'main contre l' PSG?
-Bah, tu sais Pierrot, je ne crois pas qu'ils vont faire grand'chose, ces derniers temps les attaquants sont soit à l'infirmerie, soit handicapés du genoux! Pas foutus de marquer, même quand ils
ont quarante occases dans le match! M'en parles pas....Je ne sais même pas si j'irai....En plus, je suis invité chez Vincent, mon pote qui bosse avec moi, du coup je verrai ça demain, t'as pas La
Voix du Nord s'il te plaît?
-Si tu veux, j'ai eu deux places en premières par la Chicorée Leroux!
-On verra.
Etienne parcourt distrait les grandes lignes de la une. On parle du match, du temps qui va se dégrader plus encore, comme quoi rien n'est impossible dans le Nord! Des premiers Dimanche de Noël,
où les magasins seront ouverts et des syndicats qui hurlent, et qui demandent à ce que la législation soit enfin plus claire à ce sujet. L'horoscope en der de couv' qui prédit aux balances de
connaître une journée riche en émotions.
Tu parles d'émotions riches, se dit-il. L'affreuse va encore m'en mettre plein la vue devant les autres.
Il est vrai que le T-Rex adorait ridiculiser ses collaborateurs en public, à croire qu'il n'y avait plus que cela qui pouvait lui procurer des sensations...Et bien souvent la réunion de file,
sorte de réunion par groupe d'acheteurs, en était le lieu. Celle de cet après-midi n'allait sans doute pas déroger à la règle.
-Tu repasses ce soir Etienne?
-Nan, je ne crois pas, je risque de finir tard. Puis après je vais écrire deux ou trois conneries à dix balles sur mon site! Allez à plus!
Etienne s'engouffra dans la station de Métro.
Une jeune femme, élancée et blonde, distinguée visiblement, et avec les cheveux recouverts par une sorte de voile supportant un chignon, entra dans le petit bar et se commanda un café serré
-Voilà, ma petite dame, dit Pierrot, Un grand sec! A n'manque plus qu'eun goutte de genièv eud dans!
-Pardon?
-Ah, Madame n'est pas deu' ch' nord donc. Pas parisienne au moins?
-Non, je suis du sud, ou plutôt de nulle part...Apatride un petit peu, je bouge pas mal en fin de compte...
-Ah d'accord, fit-il absolument pas intéressé. Ça f'ra 1€20 s'il vous plaît!
-Voici.
De derrière son bar, Pierrot qui n'avait que deux saoûlots en guise de clients, regardait, sans même le faire exprès, la jeune femme. faute de pouvoir discuter avec quelqu'un d'à peu près
sobre!
Un moment, il cru voir qu'elle pleurait. Il décida de s'en approcher.
-Ça va madame? Vous avez un soucis?
-Non, ça va aller monsieur, je suis ici pour un enterrement, à moins que ce soit ce satané temps qui me fasse pleurer, j'ai le nez bien pris!
Elle avala d'une traite son café et s'en alla sans même un "au revoir".
-Parisienne de merde, va! se dit Pierrot. Même pas d' pourboire!
6