La jeune femme se sentait mal dans ses baskets. Assise au fond d'un autre bar du Vieux Lille, elle parcourait dans les grandes lignes les gros titres de la
Voix du Nord. sans les lire vraiment. La tête dans ses pensées, ses rêveries, ses soucis, son mal-être, cet espèce de cancer idéologique qui la ronge. C'est incroyable ce que l'on transpire la
peine, et le côté répulsif que cela suscite chez les autres. Toujours cette éternelle crainte que le malheur, si on le regarde dans les yeux, il nous contamine. Les gens la voyaient, des
larmes coulant sur ses joues en torrent de tristesse, et nul ne venait voir s'il pouvait se rendre utile auprès d'elle. Ce sentiment d'abandon total. L'indifférence de notre société. Le
malheur est tellement omniprésent dans nos rues, dans nos journaux, qu'on ne le regarde même plus. Même son café sans sucre refroidit sans se soucier d'elle.
Le téléphone sonna sur une musique de Raphael, " Dans cent cinquante ans".
-Allo?
-Non je ne suis pas là, je suis à Lille, pour affaires, c'est bien pour cela que je vous l'ai confié pour deux jours, ça ne va pas mieux?
-Quand il sera passé chez vous, n'hésitez pas à m'appeler.
-Embrassez-la pour moi s'il vous plaît!
Il est onze heure et demi ce matin, et on dirait bien que le jour n'ait pas envie de se lever. Si les gens du Nord sont d'un naturel courageux, on ne peut pas vraiment en dire autant du soleil, qui
se languit dans son lit de nuit, et qui tarde à se lever le matin. Il se remet à pleuvoir. Il fait triste. Le temps contribue à renforcer l'ambiance noire, et cela pèse sur le moral de cette jeune
femme, qui ne semble pas savoir que faire, ni où vraiment aller.
Après avoir régler sa note, elle quitte les lieux et décide de prendre le Métro, juste quelques stations, se rappeler quelques souvenirs, juste quelques stations, au hasard. Elle prend la
ligne qui se dirige vers la cité scientifique. Arrêt Hôtel de Ville, elle traverse la galerie d'un grand centre commercial. Ici, c'est l'effervescence totale, les gens se jettent effrénés sur des
tas de vêtements, ou autres futilités, alors qu'ils passent le reste de leur temps à se plaindre d'un défaut d'argent! Typiquement français au fond!
Passant devant une boulangerie Paul, enseigne du Nord (encore une) et qui a fait son petit bonhomme de chemin ; elle s'achète un pain au chocolat, et il était temps car elle n'a rien avaler
depuis deux jours. Malgré le voyage, malgré l'émotion, malgré tout, rien ne semble passer, et l'appétit est resté au pays. Il est vrai qu'elle n'est pas vraiment une personne que l'on craindrait
emmener au restaurant plutôt qu'au cinéma. Elle a un appétit de mouche. On peut la comprendre. Son souffle s'accélère, et il était vraiment grand temps de remplir un peu son estomac, sous peine de
finir par tomber à la renverse. Elle prend son courage avec tout ce qu'elle peut, car deux mains ne suffiront pas. Elle traverse les portes du centre commercial et se retrouve sur un immense
parking à deux niveaux, celui du fameux hyper Auchan V2. Un centre commercial sur dimensionné comme il n'en existe que dans le Nord, avec un parking pouvant accueillir cinq mille
véhicules.
Elle craint soudainement de faire un malaise en se retrouvant dehors. Devant elle les sièges sociaux de grandes enseignes de la distribution nationale ou même internationale. Kiabi, Leroy Merlin,
Décathlon....et la Française de Bureautique.
8