L'arbitre siffla le début de la rencontre, Etienne regardait attentivement la disposition des joueurs sur la pelouse, en grand connaisseur, tandis que Vincent
jetait des coups d'oeil à droite et à gauche, à la recherche d'une victime éventuelle. Le Kop lillois faisait planer des drapeaux rouges et blancs, les parisiens un peu de bleu, conscrits surtout
derrière leur tribune grillagée, puisque coutumiers des débordements en tout genre. Le match débuta avec une nette domination parisienne. Contre le cours du match, la providence frappa pour des
lillois euphoriques qui marquèrent à deux reprises par leur attaquant vedette Vadokich, international hongrois. Nous étions à la quarante quatrième minute, et l'arbitre regardait de temps à autre
sa montre et le quatrième arbitre afin de connaître le temps additionnel. Tout un coup, un coup de feu déchira les chants des supporters lillois. Le temps fila à toute allure. Un homme se coucha
dans la tribune présidentielle, et des gens crièrent. Les CRS et autres policiers qui couvraient l'évènement affluèrent vers l'endroit où un homme était tombé, frappé au thorax par le tir d'une
arme à feu, en plein stade de football! L'arbitre fit cesser le match, et les joueurs rentrèrent aux vestiaires prématurément. Au micro, la speakerine annonça un "incident". Les chants
reprirent. En quelques minutes, la rumeur qu'un homme avait été blessé par balles parcouru les travées. De nombreux policiers, arrivés sur place en renfort, vinrent quadriller les allées du stade.
La brigade criminelle de Lille fit son entrée, et l'inspecteur Alexis Balaine eut de suite l'idée de se rendre au poste de vidéo-surveillance. Les coups de feu provenaient de la tribune est et
avait été tiré par un individu qui n'avait pas laissé de trace, du moins pas dans l'enceinte du stade. Le lieutenant Balaine en déduisit alors que le tir venait de l'extérieur. Impossible, surtout
ce soir, de pénétrer dans le stade avec tous les contrôles qui avaient eu lieu, soirée à haut risque oblige. Fouilles, barrages, et contrôles nombreux étaient courants les soirs de match
qualifiés de "difficiles" par la préfecture du Nord.
Le lieutenant Balaine fit interrompre le match pour des raisons de sécurité et l'annonce ne tarda pas à décevoir des milliers de supporters, sauf, peut-être quelques centaines de parisiens
ravis d'une telle "aubaine". L'entraîneur lillois était fou de rage, de même que le public.
"Mesdames, messieurs, en raison d'un incident majeur survenu avant la mi-temps en tribune présidentielle, nous sommes contraints d'arrêter le match dès à présent. Un homme ayant été victime d'un
tireur, les forces de police vous demandent de bien vouloir sortir dans le calme et sans précipitation. Les billets que vous avez achetés ce soir seront valables, exceptionnellement, pour ce même
match, une fois la date du report connu. Madame, mesdemoiselles, messieurs, nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour ces incidents, et nous vous souhaitons de passer quand même une
agréable soirée. Merci"
23